La Belgique entre dans le peloton de tête des politiques de prévention du tabac

La Belgique entre dans le peloton de tête des politiques de prévention du tabac

La Belgique progresse de la 10ᵉ place (2021) à la 7ᵉ place (2025) dans le classement de la Tobacco Control Scale (TCS). Ce classement constitue un indicateur des avancées réalisées dans différents domaines d’action qui, ensemble, forment une politique efficace de prévention du tabagisme. Le nouveau rapport, comparant 37 pays, a été présenté aujourd’hui à Milan lors du congrès européen de lutte contre le tabac, la European Conference on Tobacco or Health.

La Belgique passe de 59 points sur 100 en 2021 à 64 points sur 100 en 2025 et rejoint ainsi, pour la première fois, le groupe de tête des pays obtenant plus de 60 points. Au total, 9 pays atteignent ce score, 9 pays obtiennent un score compris entre 50 et 54, tandis que 19 pays restent en dessous du seuil des 50 points.

L’Irlande occupe la première place avec 80 points. Au sein de l’UE, c’est le pays où le tabac est le plus cher et où d’autres mesures politiques obtiennent également de très bons résultats. Depuis 2021, la Belgique a progressé grâce à l’augmentation des accises sur le tabac et à un renforcement des restrictions en matière de publicité pour le tabac.

La Fondation contre le Cancer appelle désormais les autorités à investir davantage dans l’amélioration de l’aide au sevrage tabagique, de toute urgence.

Qu’est-ce que la Tobacco Control Scale (TCS) ?

La Tobacco Control Scale est une étude qui évalue et compare les mesures politiques de lutte contre le tabac dans 37 pays européens. La TCS a été introduite pour la première fois en 2006.

Les données utilisées pour l’édition 2025 concernent la législation en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2026, mais aussi les prix des produits du tabac en 2024 et les campagnes médiatiques de sensibilisation entre juillet 2022 et juin 2024.

Chaque mesure politique permet à un pays de marquer des points. La TCS traduit donc les politiques en un score. Cette échelle de points objective les politiques menées et permet de comparer les pays entre eux.

La TCS se base sur des mesures recommandées par la Banque mondiale, combinées aux recommandations de la Convention-cadre de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour la lutte antitabac (CCLAT/FCTC). Concrètement, les éléments suivants sont pris en compte :

  • Augmentation des prix par des taxes plus élevées sur les cigarettes et autres produits du tabac (30 points)
  • Interdictions ou restrictions de fumer dans les lieux publics et sur les lieux de travail (22 points)
  • Restrictions d’âge (7 points – nouvel élément dans cette édition)
  • Meilleure sensibilisation de la population, notamment via des campagnes d’information et des messages dans les médias (3 points)
  • Interdiction de la publicité ou de la promotion des produits du tabac, y compris l’utilisation de logos et de noms de marque (13 points)
  • Aide au sevrage tabagique, y compris l’accès aux médicaments d’aide à l’arrêt du tabac (10 points)
  • Lutte contre la contrebande (3 points)
  • Avertissements sanitaires sur les produits du tabac (10 points)
  • Limitation de l’ingérence de l’industrie du tabac (2 points)

La Belgique entre pour la première fois dans le peloton de tête

Avec 64 points sur 100, la Belgique rejoint pour la première fois depuis la création de la TCS le groupe des pays dépassant les 60 points, devenant ainsi l’un des leaders dans la lutte contre le tabagisme. Par rapport à 2021, la Belgique progresse donc de 5 points (de 59 à 64). Cette augmentation se traduit également par un bond au 7ᵉ rang, contre la 10ᵉ place en 2021.

Les progrès sont principalement dus à la hausse des accises et à une réglementation plus stricte en matière de publicité et de promotion. Ainsi, le prix d’un paquet de cigarettes d’une marque premium est passé de 6,80 euros en 2020 à 11,50 euros en 2024 (+69 %). En outre, une interdiction de l’exposition des produits du tabac dans les points de vente est entrée en vigueur en 2025.

De nouvelles mesures annoncées, telles qu’une interdiction de fumer sur les terrasses horeca et la suppression des fumoirs, pourraient encore améliorer ce score.

L’Irlande arrive en tête avec 80 points. Elle a été le premier pays au monde à interdire de fumer dans les cafés et les restaurants. Aujourd’hui, l’Irlande applique les accises sur le tabac les plus élevées de l’Union européenne et réglemente le tabac chauffé de la même manière que les cigarettes, ce qui fait qu’aucun produit de tabac chauffé n’est présent sur le marché irlandais.

La Belgique obtient également de bons résultats en matière de protection des jeunes face au tabac chauffé. Alors qu’en 2021 l’étude portait uniquement sur les produits du tabac classiques, cette nouvelle édition de la TCS étend sa méthodologie au tabac chauffé et ouvre la voie à l’intégration d’autres produits à base de nicotine dans le futur. La Fondation contre le Cancer a contribué, y compris financièrement, au lancement de cette extension.

« L’avenir d’une génération sans tabac ni nicotine dépendra de plus en plus d’une politique solide à l’égard des nouveaux produits à base de nicotine. »
Nora Mélard, experte en prévention du tabagisme

Comment pourrions-nous encore remonter dans ce classement ?

En Belgique, le tabagisme provoque chaque année 9.000 décès prématurés. Une politique forte de la part des autorités belges est indispensable pour s’attaquer à ce problème et atteindre, d’ici 2040, une génération sans tabac ni nicotine.

Pour améliorer encore le score lors de la prochaine TCS, il faudra investir dans de grandes campagnes de sevrage tabagique, à l’image de celles menées aux Pays-Bas et au Royaume‑Uni avec Stoptober, ou en France avec Le mois sans tabac. La politique belge ne répondait pas au critère de l’OMS prévoyant au moins une période de campagne de sensibilisation de trois semaines utilisant les médias de masse (télévision, radio, presse écrite, affichage, internet).

Par ailleurs, l’accompagnement au sevrage tabagique doit être renforcé afin que le score actuel de 7 sur 10 soit d’abord porté à 8 (comme en France et aux Pays-Bas), voire à 9 comme au Royaume‑Uni, pour finalement atteindre 10 sur 10.

Grâce à une enquête menée en 2025 auprès de 18.000 professionnels de la santé, la Fondation contre le Cancer a déjà identifié les lacunes existantes en matière d’aide à l’arrêt du tabac.

La Fondation contre le Cancer exhorte les autorités à prévoir un budget suffisant pour l’aide au sevrage tabagique et les campagnes de sensibilisation. Et pourquoi pas envisager de financer cela grâce à une contribution de l’industrie du tabac, comme c’est le cas depuis cette année au Canada ?

« Nous devons non seulement absolument tout faire pour réduire les risques d’initiation au tabagisme et au vapotage chez les jeunes, mais aussi ne pas délaisser les personnes qui fument ou vapotent déjà et investir davantage dans l’offre d’aide au sevrage, pour mieux les accompagner à se libérer de la dépendance à la nicotine. » conclut Nora Mélard, Experte en prévention Tabac à la Fondation contre le Cancer.