Pourra-t-on bientôt guérir le cancer de la peau ?
Pour vaincre un ennemi, il faut d’abord bien le connaître. Le cancer n’est pas une exception. C’est pourquoi la Fondation contre le Cancer investit massivement dans la recherche fonda mentale. Ces travaux visent à mieux comprendre la maladie ainsi que les mécanismes qui la déclenchent. Le professeur Cédric Blanpain s’y consacre pleinement : il veut comprendre comment les cancers apparaissent, pour quelles raisons des cellules saines se transforment en cellules cancéreuses, comment les tumeurs se développent et métastasent, et pourquoi elles finissent parfois par résister aux traitements. Les réponses à ces questions sont essentielles pour mieux lutter contre la maladie.
L’équipe du professeur Blanpain s’intéresse en particulier au cancer de la peau, l’un des cancers les plus répandus dans le monde.
Parler de « cancer de la peau » recouvre des réalités très diverses. Sur quel type de cancer concentrez-vous vos recherches ?
Quand on évoque le cancer de la peau, on pense souvent au mélanome. C’est la forme la plus connue et la plus agressive, mais ce n’est pas la plus fréquente. Nous étudions surtout les cancers de la peau dits « non mélanomes », en particulier les carcinomes basocellulaires et spinocellulaires, qui représentent environ 90 % des cancers de la peau.
Sur quoi portent précisément vos travaux ?
Nous cherchons à comprendre ce qui se passe dès les tout premiers stades de la maladie. On sait depuis longtemps que le cancer peut survenir lorsque certains gènes poussent les cellules à se multiplier de façon incontrôlée. En revanche, on comprend encore mal comment une seule cellule anormale peut donner naissance à une tumeur contenant des millions de cellules. Pour y parvenir, elle doit prendre l’avantage sur les cellules saines qui l’entourent. Ce phénomène s’appelle la « compétition cellulaire ».
En quoi consiste-t-elle concrètement ?
Il s’agit d’une véritable lutte entre cellules pour l’espace et la survie. Une cellule en train de devenir cancéreuse est capable d’influencer les cellules saines autour d’elle : elle émet des signaux qui modifient le comportement des cellules voisines, elle peut aussi les repousser, voire provoquer leur disparition. Nous connaissons déjà plusieurs formes de compétition cellulaire, mais ses mécanismes précis restent encore mal compris. Il est donc essentiel d’identifier les signaux moléculaires que les cellules s’échangent.

Les nouveaux traitements ne naissent pas à l’hôpital, mais en laboratoire : ce n’est que grâce à la recherche fondamentale que nous comprenons mieux le cancer et que nous pouvons mettre au point les médicaments de demain.
-Prof. Cédric Blanpain ULB
Pourquoi est-ce si important ?
Mieux comprendre les toutes premières phases du cancer ouvre des perspectives importantes. Si l’on arrive à expliquer comment les cellules cancéreuses prennent le dessus, on parviendra peut-être à bloquer ce processus. Cela permettrait d’empêcher la toute première cellule anormale de se développer et, potentiellement, d’éviter la formation d’une tumeur. Il est également possible que ces mécanismes jouent un rôle au-delà des phases initiales. Dans ce cas, ces découvertes pourraient aussi aider à limiter la croissance des tumeurs, la formation de métastases ou encore la résistance aux traitements.
Comment envisagez-vous l’avenir de vos recherches ?
Le soutien de la Fondation contre le Cancer nous permet de financer deux chercheurs à temps plein. Cela accélère considérablement notre travail : plus nous réunissons de compétences, plus nous avançons vite. À l’avenir, nous souhaitons étendre nos recherches à d’autres types de cancer. Les mécanismes que nous espérons mettre en évidence dans les cancers de la peau pourraient également s’appliquer à des cancers très fréquents comme ceux du sein et de la prostate.
Comment convaincre le public de soutenir la recherche fondamentale sur le cancer ?
La recherche fondamentale est le socle de toutes les avancées à venir. Sans elle, pas de nouveaux médicaments ni de traitements à tester en milieu hospitalier. C’est dans les laboratoires que naissent les idées, que de nouvelles cibles thérapeutiques sont identifiées et que se construisent les bases des traitements de demain. Nous savons tous que les traitements actuels contre le cancer sont insuffisants. C’est précisément pour cela qu’il est essentiel d’approfondir nos connaissances — et donc de poursuivre les efforts de recherche. Soutenir la recherche fondamentale, c’est contribuer directement à rendre possibles les thérapies de demain.