Professeur Evelien Smits

Professeur Evelien Smits

Une immunothérapie innovante offre un nouvel estoir face aux cancers agressifs du cerveau

Le recours à l’immunothérapie constitue une véritable révolution dans le traitement du cancer. Cette thérapie renforce ou active le système immunitaire du patient afin qu’il puisse reconnaitre et attaquer les cellules cancéreuses dans l’organisme. Bien que ce traitement ait déjà sauvé des dizaines de milliers de vies, il est toujours sans effet sur certains types de cancers et sur certains patients. Il est donc indispensable de poursuivre les recherches visant à élargir l’application de l’immunothérapie.

À l’Université d’Anvers, la professeure Evelien Smits et son équipe développent une immunothérapie innovante destinée à traiter, entre autres, le gliome de haut grade, une forme particulièrement agressive de cancer du cerveau. Elle nous explique le contenu exact de ses travaux et comment votre soutien permet de poursuivre l’exploration de cette piste très prometteuse.

Qu’est-ce qui caractérise exactement le gliome de haut grade et pourquoi vous concentrez-vous sur ce type de cancer ?

Avec mon équipe, je mène principalement des recherches sur des types de cancers pour lesquels de meilleurs traitements sont urgents. Le gliome de haut grade en est un exemple. Ce cancer agressif du cerveau touche aussi bien les enfants que les adultes, et les chances de survie avec les traitements actuels sont faibles : moins d’un patient sur cinq est encore en vie cinq ans après le diagnostic. Chez les enfants, les tumeurs cérébrales figurent même parmi les principales causes de décès liés au cancer.

Professeur Evelien Smets

« Le fait que notre propre système immunitaire soit capable d’identifier et d’attaquer les cellules cancéreuses est absolument incroyable. Si nous l’accompagnons de manière suffisamment intelligente, nous pouvons réellement faire évoluer la situation des patients qui, aujourd’hui, n’ont pratiquement aucune solution de survie. »
Evelien Smits – Professeure et cheffe de service du Centre de recherche oncologique de l’Université d’Anvers

Comment les gliomes de haut grade sont-ils traités actuellement ?

Les médecins tentent d’abord de retirer chirurgicalement autant de cellules tumorales que possible. Malheureusement, il est rarement possible de les éliminer toutes car il faut éviter d’endommager des fonctions cérébrales essentielles. Après l’opération, le patient suit à la fois une radiothérapie et une chimiothérapie. Ce sont des traitements lourds, qui ne sont pas efficaces chez tous les patients.

Comment vos recherches pourraient-elles faire évoluer les choses ?

Je travaille sur un nouveau traitement combiné, dans lequel l’immunothérapie s’ajoute au traitement standard. J’espère obtenir ainsi des résultats qui augmentent les chances de survie du patient, tout en préservant sa qualité de vie. L’ajout d’une modalité thérapeutique permet d’attaquer la tumeur sous un autre angle, réduisant ainsi sa capacité à échapper aux traitements.

À quoi ressemble l’immunothérapie que vous développez ?

Nous utilisons des cellules tueuses naturelles (ou cellules NK) qui sont naturellement présentes dans le système immunitaire. En laboratoire, nous dotons ces cellules spécifiques de deux « bras de préhension » différents, leur permettant de se fixer aux cellules cancéreuses et de les détruire. En outre, nous cherchons à rendre l’environnement tumoral plus favorable aux cellules immunitaires, par exemple en adaptant l’alimentation des patients. Lorsque les cellules NK modifiées sont injectées à proximité de la tumeur cérébrale, elles peuvent agir immédiatement.

Quelle est la différence avec d’autres immunothérapies actuelles ?

L’immunothérapie existe sous de nombreuses formes. Certaines utilisent des médicaments pour renforcer le système immunitaire, d’autres reposent sur les cellules immunitaires du patient lui-même. C’est le cas, par exemple, de la thérapie CAR-T, dans laquelle les cellules T du patient sont équipées de « bras de préhension ». L’utilisation de cellules NK comme traitement d’immunothérapie a un grand potentiel. Les cellules CAR-NK peuvent en effet être fabriquées à partir d’un donneur sain. L’avantage est qu’elles peuvent être produites à l’avance et en grandes quantités, et sont donc disponibles au moment où un patient reçoit le diagnostic de gliome de haut grade. Ainsi, aucun temps précieux n’est perdu.

Pourquoi avez-vous personnellement choisi la recherche contre le cancer ?

Lorsque j’étais en deuxième année du secondaire, un camarade de classe est décédé d’une leucémie. Quelques années plus tard, la mère d’une amie a été diagnostiquée d’un cancer. J’ai donc été confrontée très tôt à la manière dont le cancer et ses traitements peuvent être dévastateurs. Par ailleurs, j’ai toujours été fascinée par le système immunitaire ; la recherche en immunothérapie s’est donc imposée comme une évidence. Il est tout de même extraordinaire que notre corps soit capable de détecter et d’attaquer lui-même le cancer ! Cela me rend également très optimiste : l’essor de l’immunothérapie a déjà démontré que le cancer n’a pas forcément le dernier mot. J’espère que nous pourrons bientôt utiliser l’immunothérapie pour encore davantage de types de cancers et ainsi sauver encore plus de patients.