Sofie a continué à écouter son corps : « Je savais que quelque chose n’allait pas »

Sofie a continué à écouter son corps : « Je savais que quelque chose n’allait pas »

Lorsque Sofie a appris qu’elle avait un cancer du rectum, cela faisait déjà deux ans qu’elle vivait avec des douleurs. Des douleurs qui n’avaient été ni identifiées ni prises au sérieux. Sofie a fait confiance à son intuition et a continué à insister pour passer l’examen qui allait tout changer.

« On attribuait mes symptômes à des problèmes typiquement féminins, au stress, à la dépression… À un moment donné, on m’a même prescrit des antidépresseurs », raconte Sofie Dellaert (46 ans), membre du comité du Relais pour la Vie de Deinze.

« À force, j’ai commencé à douter de moi. Est-ce que j’exagère ? Peut-être qu’ils ont raison et que je travaille vraiment trop. »

« J’ai vécu longtemps avec ce sentiment. Mais mon corps a fini par tirer la sonnette d’alarme. Je n’arrivais plus à faire du sport et je sentais mes forces m’abandonner… »

« J’ai une nouvelle fois insisté pour passer un examen, mais j’ai encore dû attendre plusieurs mois. Le 1er septembre 2025, j’ai passé une coloscopie. À mon réveil, j’étais allongée dans une grande quantité de sang. »

« Comment est-ce possible ? »

La médecin est venue me voir et m’a dit : « Je n’ai malheureusement pas de très bonnes nouvelles pour vous. » J’ai répondu : « Comment est-ce possible ? Il n’y avait pourtant rien d’anormal ? » « Vous avez une très grosse tumeur », m’a-t-elle dit. « Venez à mon cabinet demain et faites-vous accompagner. »

« Je suis rentrée chez moi et je suis restée un moment assise dans ma voiture. Et maintenant ?, me suis-je demandé. Est-ce que tout est fini ? »

« La tumeur était de stade 3 : maligne et très volumineuse, mais sans métastases. Ça a été un choc, mais aussi, aussi étrange que cela puisse paraître, un soulagement. Enfin, ma douleur était reconnue : il y avait bel et bien quelque chose qui n’allait pas. Et mon intuition avait raison, elle qui me poussait à continuer à chercher. »

Un double choc

« Le lendemain de l’annonce de mon diagnostic à mon compagnon, il m’a quittée. Ça a été un choc supplémentaire, mais je n’ai pas vraiment eu le temps de m’y attarder. Tout est allé tellement vite. Avant même de m’en rendre compte, j’avais commencé un traitement combinant chimiothérapie et radiothérapie. »

« Pendant mon traitement, j’ai continué à travailler parce que je ne voulais pas être constamment confrontée à la maladie. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à réfléchir pour la première fois à la question du cancer au travail. Il y a les collègues qui vous regardent différemment et ceux qui ne savent pas comment réagir. C’est facile de demander : “Hé, comment ça va ?” Mais si la personne répond : “Mal”, on se rend compte que les gens ne savent parfois plus quoi dire. »

« Maintenant que j’ai moi-même vécu cette situation, je comprends beaucoup mieux ce que cela signifie d’être confronté au cancer dans le cadre professionnel. Pourquoi on n’arrive pas toujours à travailler aussi bien qu’avant, pourquoi une reprise progressive du travail peut être nécessaire et pourquoi il est important d’être accompagné. Mon objectif est de contribuer à créer cette sécurité psychologique. C’est pour cela que je suis actuellement une formation de coach holistique. J’aimerais aussi me réorienter vers les ressources humaines, afin d’être encore davantage en contact avec les gens et de pouvoir les soutenir. »

Elle n’a pas perdu ses cheveux

« Je ne serai plus jamais la Sofie que j’étais avant. J’en suis certaine. Heureusement, j’ai beaucoup de résilience et j’arrive à accepter les situations telles qu’elles sont. Voilà qui je suis aujourd’hui. »

« Cela ne veut pas dire que c’est facile pour autant. J’ai vécu quatre mois avec une stomie et, parfois, j’ai encore l’impression qu’elle est là. Je n’arrive pas à me débarrasser de cette sensation et j’en porte toujours la marque sur mon corps. »

« Pourtant, , presque personne n’a jamais rien remarqué. Je n’ai pas perdu mes cheveux, si bien que les gens ne voyaient souvent pas que j’avais un cancer. Cela rendait parfois les choses encore plus difficiles, parce que je ne pouvais pas toujours parler de ce que je vivais. Pour mes parents aussi, qui sont d’une autre génération, ça a été difficile. Leur enfant a un cancer. Comment réagit-on en tant que parent ? Que fait-on face à cela ? »

Raccompagner quelqu’un  après la chimio

« Il n’est pas nécessaire de téléphoner tous les jours. Souvent, être présent et écouter suffit déjà. Ce sont les petites attentions qui font la différence : quelqu’un qui vous apporte à manger, même si vous n’avez pas faim à ce moment-là. Quelqu’un qui vient s’asseoir près de vous pendant la chimio, même sans rien dire. Quelqu’un qui vous raccompagne chez vous après la chimio lorsque votre corps est complètement épuisé. Ces gestes comptent énormément. Et faites-les maintenant, ne les remettez pas à plus tard. Car c’est ce que cette expérience m’a appris : vivez aujourd’hui. Il est temps de vivre. »

Texte et photo: Emily Nazionale