Être doux avec soi-même

Être doux avec soi-même

Accompagner un proche atteint d’un cancer demande une implication profonde, tant sur le plan physique qu’émotionnel. Lorsqu’il s’agit d’une personne qui compte énormément pour vous, ce rôle d’aidant peut prendre une place importante dans votre quotidien et transformer la relation que vous partagez.

Pour rester présent dans la durée, préserver votre équilibre personnel et continuer à soutenir votre proche avec justesse, il est essentiel de prendre soin de vous aussi. S’accorder de la bienveillance, reconnaître ses limites et cultiver de la douceur envers soi-même ne sont pas secondaires : ce sont des ressources essentielles pour accompagner sans s’épuiser.

Dans cette page, découvrez pourquoi prendre soin de vous est une étape clé de votre rôle d’aidant proche.

Quelles émotions pouvez-vous ressentir en tant qu’aidant proche ?

Accompagner un proche confronté au cancer peut faire émerger des émotions intenses, parfois multiples et contradictoires. À cela peut s’ajouter la charge mentale, physique et organisationnelle liée à l’accompagnement, qui peut aussi provoquer de la frustration, de la colère, un sentiment de vide ou de solitude.

Toutes ces émotions sont légitimes, même lorsqu’elles semblent contradictoires.

Quels sentiments êtes-vous susceptible d’éprouver ?

  • De la peur : vous pouvez craindre que l’état de votre proche se dégrade, ou que vous ne puissiez pas assumer tout ce que les soins impliquent.
  • De la tristesse : être aidant proche amène souvent à vivre différentes formes de deuil. Il ne s’agit pas seulement de la peur de perdre l’être cher, mais aussi de voir changer ou disparaître certaines capacités ou habitudes qui faisaient partie du quotidien.
  • De l’incertitude et de l’inquiétude : l’évolution d’un cancer reste souvent imprévisible. Ne pas savoir de quoi demain sera fait peut se révéler profondément déstabilisant.
  • Un sentiment d’impuissance et beaucoup de compassion : voir souffrir une personne qu’on aime est extrêmement difficile. Même si vous faites tout votre possible pour l’aider et la soulager, vous ne pouvez pas faire disparaître entièrement sa souffrance. Il est alors fréquent d’avoir l’impression de ne jamais en faire assez.
  • De la culpabilité : vous pouvez vous sentir coupable d’être en bonne santé alors que votre proche est malade. Ou culpabiliser parce que vous vous sentez épuisé ou incapable d’être à la hauteur de ce que vous aimeriez offrir.
  • De la frustration et de la colère : il est humain de ressentir, par moments, de la colère ou de la frustration face à la situation, y compris envers la personne malade, puis de culpabiliser à cause de ces émotions. Cette colère peut aussi être tournée vers vous-même ou vers votre entourage si vous avez le sentiment de ne pas être suffisamment soutenu dans votre rôle d’aidant.
  • Un sentiment de vide et de solitude : accompagner un proche demande énormément de temps, d’énergie et de disponibilité. Vous pouvez avoir l’impression que votre propre vie passe au second plan. Avec le temps, cela peut entraîner un profond sentiment de vide ou de solitude, surtout lorsque vous portez cette responsabilité seul.

Une note plus lumineuse à présent : être aidant proche peut aussi faire naître des émotions positives.

Prendre soin d’une personne qui vous est chère peut également apporter des émotions positives, malgré les difficultés. Ce rôle peut donner un profond sentiment d’utilité et de satisfaction, en donnant le sentiment de contribuer concrètement au bien-être de votre proche. La vulnérabilité de la personne que vous accompagnez peut aussi susciter une grande tendresse et renforcer le lien qui vous unit.

Par ailleurs, lorsque vous osez demander de l’aide et accepter le soutien des autres, vous pouvez parfois être surpris de constater combien de personnes autour de vous souhaitent sincèrement vous épauler. Cette solidarité peut alors devenir une source de réconfort et de gratitude.

Quels sont les signes d’une surcharge émotionnelle ?

Il est tout à fait normal que le rôle d’aidant proche fasse émerger des émotions parfois contradictoires. Tant que vous parvenez à reconnaître et à apprivoiser ces émotions, il n’est pas toujours nécessaire d’agir immédiatement. En revanche, lorsque des signes de surcharge émotionnelle apparaissent, il est important d’y être attentif et de ne pas les laisser s’installer. Mais comment reconnaître ces signaux d’alerte ?

Prenez un moment pour vous demander si certains de ces signes vous parlent :

  • Vous êtes plus distrait que d’habitude et vous omettez des choses que vous n’auriez normalement pas oubliées.
  • Vous avez du mal à vous concentrer ou vous commencez plusieurs tâches à la fois sans parvenir à les terminer.
  • Vous vous sentez plus irritable et vous vous mettez plus facilement en colère, envers les autres et leurs « petits soucis », mais aussi parfois envers la personne que vous accompagnez et qui a besoin des soins que vous lui apportez.
  • Vous vous sentez impuissant, comme si vous perdiez le contrôle ou n’étiez plus capable d’assumer toutes ces responsabilités.
  • Vous éprouvez de l’anxiété, vous doutez constamment de vous-même et l’avis des autres vous affecte profondément.
  • Vous vous sentez émotionnellement fragile : l’anxiété, la tristesse ou des pensées dépressives prennent de plus en plus de place.
  • Vous avez des troubles du sommeil : difficultés à vous endormir, sommeil agité, réveils fréquents ou très matinaux.
  • Vous ressentez une fatigue persistante, des vertiges ou un essoufflement plus fréquent.
  • Vous transpirez davantage que d’habitude.
  • Vous souffrez de troubles digestifs, de problèmes de tension, de maux de tête fréquents, ou même de problèmes cardiaques.
  • Vous mangez beaucoup moins, ou au contraire beaucoup plus, que d’habitude.

Comment éviter cette surcharge quand on est aidant proche ?

Mieux vaut prévenir que s’épuiser.

  • Ne vous engagez pas dans un rôle d’aidant proche sans y avoir réfléchi au préalable. Lorsqu’on aide quelqu’un avec une motivation positive, le risque de surcharge est souvent moins important. Par exemple, si vous souhaitez rendre à vos parents ce qu’ils vous ont donné. Ou si vous accompagnez votre conjoint ou conjointe par amour, quels que soient les obstacles.
  • En revanche, si vous assumez le rôle d’aidant uniquement par obligation, vous risquez davantage de dépasser vos limites.

Mais parfois, on n’a pas vraiment le choix. Et il arrive aussi que l’on glisse progressivement dans le rôle d’aidant sans même s’en rendre compte. Dans ce cas, que faire pour éviter l’épuisement ?

Voici quelques recommandations :

Parlez de vos émotions avant qu’elles ne deviennent trop lourdes à porter :

  • Choisissez une personne de confiance : un.e ami.e, un membre de la famille, votre médecin généraliste, une infirmière à domicile…
  • N’essayez pas non plus de cacher vos émotions à votre proche, même si cela peut être difficile. Partager ce que vous ressentez permet de préserver un lien sincère et une vraie proximité.

Votre entourage est limité ?

    • Vous pouvez vous rendre dans l’une des nombreuses « Maisons de ressourcement » soutenues par la Fondation contre le Cancer. Des professionnels et d’autres aidants proches sont prêts à partager leur expérience.
    • Les ASBL Aidants Proches
    • Vous pouvez également contacter Cancerinfo de la Fondation contre le Cancer pour parler librement de ce que vous vivez. Le numéro gratuit 0800 15 802 est accessible du lundi au vendredi de 9 h à 18 h.

Soyez bienveillant envers vous-même. Le perfectionnisme rend le rôle d’aidant proche encore plus difficile. Acceptez que vous ne puissiez pas tout contrôler. Et que certaines choses ne soient pas parfaites ou restent parfois inachevées.

Prévoyez des moments de repos dès le début. Essayez de vous accorder régulièrement du temps pour ce qui vous fait du bien : marcher, faire du sport, pratiquer un hobby, voir des proches…

Partagez les responsabilités et déléguez certaines tâches. N’attendez pas que les autres prennent l’initiative : osez demander de l’aide !

  • Discutez avec votre proche du fait que vous ne pouvez pas tout faire seul. Mais écoutez aussi ses besoins : quelle aide souhaite-t-il/elle recevoir, de qui et à quels moments ? Cherchez ensemble un équilibre.
  • Listez les soins, les tâches ménagères, les besoins de transport ou les moments où votre proche aimerait avoir de la compagnie.
  • Organisez-vous avec les personnes importantes autour de vous : qui peut faire quoi, et quand ? Des engagements clairs permettent d’éviter la confusion générale.
  • N’hésitez pas à faire appel à votre entourage plus large : voisins, amis ou connaissances sont souvent prêts à aider. Astuce : expliquer votre demande en y ajoutant ‘parce que’ peut encourager davantage de personnes à vous aider.
  • Vous pouvez aussi bénéficier d’un accompagnement personnalisé par un coach spécialisé, souvent lui-même ancien aidant.

Rechargez vos batteries à temps. Si vous sentez que vous vous épuisez :

  • D’autres personnes peuvent temporairement reprendre une partie ou la totalité des soins. C’est ce qu’on appelle le « répit ». Vous pouvez, par exemple, faire appel à une aide familiale, une garde à domicile, un accueil de jour ou un court séjour mis en place par des associations spécialisées telles que Casa Clara ou La Villa Indigo en Région bruxelloise. Votre mutuelle est en mesure de vous guider dans ces démarches.

Envie de sortir de votre isolement ? Lisez les témoignages d’autres aidants proches.

Comment équilibrer votre relation personnelle avec la personne malade et votre rôle d’aidant ?

En quoi le rôle d’aidant influence-t-il la relation avec un proche ?

Ce qui crée le lien dans une relation, c’est ce qui unit deux personnes : le travail, l’amitié, les liens familiaux… Si vous devenez aidant proche, une relation de soins s’installe également. Votre rôle d’aidant peut alors bouleverser la relation personnelle que vous entretenez avec votre partenaire, votre parent ou votre enfant.

  • Dans une relation amoureuse équilibrée, chacun donne et reçoit. Lorsque votre partenaire atteint d’un cancer a besoin de beaucoup de soins, cet équilibre est fragilisé. L’égalité au sein du couple peut alors être mise à l’épreuve.
  • Lorsque votre père ou votre mère a besoin d’aide, vous avez parfois l’impression de devenir le parent de votre parent, plutôt que son enfant. Il arrive que le sentiment de sécurité – celui de pouvoir toujours compter sur quelqu’un – vacille.
  • Lorsque votre enfant a besoin de soins, il est important de veiller à ce que « prendre soin » ne devienne pas « surprotéger ». Tout en répondant aux besoins du présent, il faut aussi garder en tête l’avenir, où votre enfant pourra peut-être retrouver son autonomie.

Comment préserver l’équilibre ?

  • Déléguez une partie des soins. Vous garderez ainsi davantage de temps et d’espace pour nourrir vos liens habituels.
  • Regardez toujours ce que votre partenaire, votre parent ou votre enfant peut encore faire par lui-même. Votre proche n’est pas seulement une personne ayant besoin de soins : c’est aussi un individu avec ses besoins, ses envies et ses désirs.
  • Parlez avec votre proche, y compris de vos émotions plus difficiles. Il/elle peut parfois en supporter davantage que vous ne l’imaginez. En partageant vos sentiments et vos pensées, vous invitez aussi l’autre à faire de même. Cela peut ouvrir la voie à des échanges très précieux.
  • Essayez de préserver un rituel qui ne soit pas lié aux soins : prendre un café ensemble, faire un puzzle, regarder les informations… Ces petits moments comptent énormément.
  • Continuez à vivre votre propre vie. Et ne coupez pas non plus l’autre du monde extérieur. Pendant que vous prenez un moment pour vous, votre proche peut partager du temps avec quelqu’un d’autre. Vous pourrez ensuite échanger à nouveau, même autour de petites choses du quotidien.

À quoi peut ressembler un nouvel équilibre ?

La relation que vous connaissiez depuis des années se transforme avec le rôle d’aidant. Mais ces situations exceptionnelles peuvent aussi faire grandir. Le rôle d’aidant n’apporte donc pas uniquement des difficultés.

  • Dans une relation de soin de longue durée, il arrive souvent que les liens se renforcent encore davantage. Lorsque l’autre accepte votre aide et que vous la donnez avec le cœur, cela peut rendre votre amour encore plus fort.
  • Vous pouvez découvrir de nouvelles facettes de vous-même. Peut-être ne cuisiniez-vous jamais auparavant, et qu’aujourd’hui vous préparez de petits plats simples avec assurance ?
  • Vous pouvez aussi découvrir de nouvelles facettes l’un de l’autre. Dans une période de grande vulnérabilité, votre proche peut trouver le courage de se montrer tel qu’il est vraiment. Et peut-être êtes-vous, vous aussi, plus disponible pour apprendre à le connaître autrement.
  • Vous pouvez prendre conscience ensemble du soutien et de l’affection qui vous entourent. Vous rencontrerez peut-être des personnes que vous n’auriez jamais connues sans cette situation, comme d’autres aidants ou des personnes vivant une expérience similaire. Ou encore des proches perdus de vue qui reprennent contact.
  • Parfois, des liens familiaux fragilisés peuvent aussi se reconstruire.